A propos de 2 approches ludiques

Ceci ne reflète pas l'avis de Ludigaume mais uniquement celui de son auteur.

Parlons ou plutôt, essayons de parler de 2 approches possibles pour la création d’un jeu de stratégie. Cette chronique ne se veut en rien exhaustive ou professionnelle, juste un délire passionnel.

Il me semble judicieux de scinder 2 approches intellectuelles pour créer un jeu de stratégie, mais aussi pour y jouer : l’approche algorithmique et l’approche intuitive.

L’approche algorithmique est basée sur une analyse mathématique très développée des mécanismes et des solutions stratégiques. Chaque option permet un nombre donné de possibilités dont chacune peut être analysée très précisément pour obtenir un résultat : un nombre de points de victoire ou une position donnée. Un jeu demandant aux joueurs de résoudre des successions d’équations à une inconnue n’aurait rien de très passionnant et le jeu à cet avantage sur les mathématiques : on peut démultiplier presque à l’infini le nombre d’inconnues mais aussi le nombre d’informations permettant de les résoudre. Rien n’empêche donc aux adeptes de cette approche d’y inclure des évènements augmentant les inconnues : l’aléatoire d’un dé ou l’incertitude de la décision d’un adversaire. Je classerai sans trop de doute des auteurs tels que Colovini ou Knizia dans cette catégorie : je les imagine très bien partir de principes mathématiques pour créer certains de leurs jeux. Le maître mot de ce type de jeu est sans doute « équilibre » : à partir du moment où les joueurs peuvent/doivent entreprendre des calculs d’optimisation, le danger existe que des voies royales mènent à la victoire de façon trop systématique ou trop tôt dans la partie.

L’approche intuitive porte bien son nom vu qu’elle est basée sur des tâtonnements et des approximations. L’auteur partira peut-être plus souvent d’un thème que pour l’approche précédente mais rien ne l’y oblige. Dans ce cas, l’auteur se fixera peut-être un cahier des charges un peu moins précis, il testera avant de se rendre compte que le jeu ne fonctionne pas du tout : n’ayant pas de modèle « mathématique » en tête, il prend le risque de placer un joueur sur une courbe de points de victoire exponentielle, sans s’en rendre compte. Le mot équilibre est toujours évidemment important mais l’auteur tentera de s’écarter d’un équilibre trop parfait qui ne laisse que très peu de chance à un joueur face à ses erreurs.

Personnellement, je suis un joueur et un auteur très intuitif malgré ma formation mathématique. Ce que j’apprécie pardessus tout dans un jeu, c’est que les joueurs parviennent à créer un large panel de situations de jeux différentes. Les joueurs n’évoluent pas de part et d’autres d’une situation d’équilibre mais ils évoluent très librement en essayant de se stabiliser le long de l’une des nombreuses courbes d’équilibre, celle menant à la victoire, si possible. Je ne suis donc pas du tout dérangé par les jeux qui semblent déséquilibrés dans la mesure où cette situation de déséquilibre a été créée par les choix judicieux d’un joueur. Il est bien sûr possible de créer ce type de jeu par les 2 approches mais je pense que la première approche, plus pure, plus logique, encourage les jeux très équilibrés.

Je terminerai en vous rassurant sur une chose : j’ai bien conscience que cette tentative d’analyse est bien légère et réductrice. J’ai aussi conscience que le plus grand plaisir d’un auteur et d’un joueur est la liberté totale : il est possible de créer (jouer à) un jeu calculatoire sans calculer, il est possible de créer (jouer à) un jeu d’ambiance en calculant…… N’est-ce pas finalement, en partie, cette liberté totale que nous aimons tant dans la pratique et la création des jeux de société ?

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