Edito de février 2008 - Les bons joueurs

Ceci ne reflète pas l'avis de Ludigaume mais uniquement celui de son auteur.

Il ne s'agit pas ici de vous parler de ces joueurs possédant un détachement certain vis-à-vis de la défaite ou de la victoire, mais plutôt de ces quelques joueurs extrémement compétents concernant tout jeu nécessitant de la réflexion. Les jeux de gestion à l'allemande sont leur terrain de prédilection : Caylus, Puerto Rico, Funkenschlag...etc.

J'ai en effet remarqué que plusieurs joueurs avec qui je partage les tables de jeu sont d'une efficacité redoutable. Ils gagnent souvent même lorsque tous les présents réalisent leur première partie. Vous avez peut-être également ce type d'individus dans votre entourage. J'aime beaucoup jouer avec ce type de joueurs car il donne la possibilité de comprendre la richesse d'un jeu bien plus rapidement : il suffit d'essayer de comprendre ce qu'ils font et pourquoi ils le font. Mais comment s'y prennent-ils ?

Il n'est pas aisé de répondre à cette question, n'étant moi-même qu'un piètre stratège. Pourtant, l'observation m'a donné quelques pistes.

Imaginons que nous réalisons une première partie d'un bon gros jeu de gestion à l'allemande.

Comme toujours, le plus courageux et le plus patient a lu les règles et les explique. Le bon joueur se met alors en action. Au travers des règles qui lui sont expliquées, il va essayer de se faire une première idée du fonctionnement du jeu pour saisir ce qui compte vraiment pour gagner. Là où le joueur lambda essaye juste de comprendre comment jouer, le bon joueur essaye de comprendre comment gagner, en posant souvent des questions sur ce point, par exemple concernant le décompte final. Il a déjà un coup d'avance.

Le jeu peut enfin démarré : le bon joueur a déjà une idée de ce qu'il va faire. Evidemment, il sait pertinemment qu'il faudra peut-être qu'il change son fusil d'épaule au fur et à mesure de la découverte "réelle" du jeu. Pour ne pas louper le coche, le bon joueur observe les autres joueurs : l'important reste avant tout d'être en tête, pas d'être parfait. Il essaye d'anticiper le devenir de la partie pour tous les joueurs autour de la table. Alors que le pauvre joueur lambda tente d'estimer son propre score (s'il n'est pas donné) et d'anticiper ses propres actions, le bon joueur le fait pour tous.

Ceci n'est possible que grâce aux étonnantes capacités de logique et d'attention dont il fait preuve. Il n'y a pas de secret ! Le bon joueur pourra vous surprendre par sa capacité à déduire des espérances de gains pour chaque action possible et pour toujours choisir la meilleure là où le joueur lambda réalisera deux ou trois calculs à la louche en oubliant parfois un paramètre ! Ceci n'empêche généralement pas le bon joueur de plaisanter ou de parler d'autres sujets avec ses comparses : ne l'imaginez surtout pas forcément concentré comme un champion d'échecs !

Enfin, j'ai remarqué que le bon joueur, sans être mauvais joueur, désire vraiment gagner. S'il perd, il ne sera pas moins ou plus fairplay que quiconque. Néanmoins, il mobilise toutes ses capacités à la hauteur de sa motivation pour la victoire. Rien de plus normal : n'est-ce pas le but de tout jeu ?

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