Edito de mai - Du contrôle et de l'expérience

Ceci ne reflète pas l'avis de Ludigaume mais uniquement celui de son auteur.

Le hasard est une source de discussion infinie dans le milieu des amateurs de jeux modernes.

Pour ma part, je ne le vois que comme un élément qui limite le contrôle qu'un joueur va avoir sur un jeu. Il existe d'ailleurs bien d'autres facteurs qui vont le limiter : les possibilités d'action offertes par les règles, le nombre de joueurs, la capacité à anticiper et contrer les actions des autres joueurs, les mécanismes d'équilibrage et sa propre maîtrise du jeu.

Ce dernier point me semble particulièrement intéressant concernant la question récurrente du hasard dans les jeux modernes et en particulier les jeux où la réflexion a le beau rôle.

De nombreux jeux possèdent une forte composante aléatoire. Malgré cela, pour certains d'entre eux, les joueurs peuvent développer un savoir faire qui leur permet de compenser ou limiter ce facteur aléatoire (Carcassonne, Carolus Magnus, Yspahan...). Une stratégie ouverte et une bonne capacité d'adaptation peuvent en effet permettre de « faire avec » les tirages aléatoires de ces jeux. L'apprentissage est souvent plus long et plus difficile pour ce type de jeux. L'expérience fait alors fortement la différence : paradoxalement, c'est encore plus vraie que pour les jeux où l'information est complète.

Il est possible d'appliquer le même raisonnement aux jeux de bluff comme le poker ou de majorités cachées (Morgenland ou Shazzam!). Par leur mécanisme, ces jeux cachent une grande partie de l'information. Pourtant, les joueurs vont réussir à développer des stratégies qui vont minimiser leur risque ou leur permettre de deviner une partie de l'information cachée. L'apprentissage est également plus long pour ces jeux et l'expérience fait également grandement la différence.

On notera au passage qu'une partie de l'intérêt de ces deux types de jeux consiste à mettre en place un savoir-faire pour palier à la présence de tirage aléatoire ou à de l'information cachée. Pourtant, ce qui fait l'intérêt de ces jeux va parfois être la source de critique par les amateurs de jeux modernes. Il leur sera en effet reprocher d'être incontrôlables et ce, bien plus souvent que pour les autres jeux modernes de réflexion. La communauté des amateurs de jeux modernes possède une particularité qui permet aisément d'expliquer ces critiques : ces joueurs pratiquent peu de parties de chaque jeu mais jouent à beaucoup de jeux différents. Ils ont donc moins le temps de véritablement savoir s'il est possible de ne plus subir un jeu. Evidemment, certains amateurs éclairés iront au delà de ces quelques parties et découvriront, ou pas, les moyens de palier au facteur aléatoire ou à l'information cachée. Ils deviendront alors les défenseurs acharnés de ces jeux, nous incitant alors à aller au-delà des premières parties. Merci à eux.

Article précédentJeux sur un Plateau N°37 - Mai 2007
Article suivantPlato N°14 - Avril/Mai 2007